Trente vergies.

Publié le 8 Novembre 2016

Samedi 05 Novembre dernier, votre serviteur fut invité par l'association granvillaise "Slam va bien" pour aller déclamer quelques lignes à l'occasion des Joutes Poétique Granvillaises. Par le jeu du hasard et à ma grande surprise, je me suis retrouvé à déclamer un poème de ma composition en ouverture de cette remarquable manifestation. Grand honneur pour moi, misérable rural, que d'ouvrir cette compétition où allaient aient s'affronter trente deux artistes époustouflants...

Un grand merci donc à l'association Slam va bien pour cette invitation qui a m'a permis de faire résonner dans cette belle salle les accents du parler Normand, ma langue natale en voie d'extinction. Ce fut pour moi un moment émouvant. Ce fut aussi l'occasion de rencontrer nombre de ces remarquables artistes avec qui j'ai échangé une foule de points de vues, une foule d'impressions...Autant de rencontres enrichissantes dans une ambiance conviviale.

Sur cette scène ce sont succédés trente deux artistes qui nous ont fait vibrer pendant plusieurs heures...Emotions, drôleries, virtuosité et surtout énergie communicative : Nous avons pu assisté à un vrai grand moment de culture... Bravo encore à l'association Slam va bien, d'avoir organisé un si bel évènement, que tous peuvent partager, où tous peuvent s'exprimer ! 

 

Trente vergies.

Afin de garder un petit souvenir de ce moment de partage improvisé "L'Echo des sept routes" vous livre donc ce modeste texte en Normand, composé vers 2007 et et qui évoque ce que j'ai de plus cher : mes enfants et notre petit domaine de Loritel.

Trente vergies

 

 

            J’ai trouès p’tits quenâles, qui n’sont pas bi grands

            Et vous savez bi, les quenâles c’est vivant.

            Veyous, ça tumbe bi, j’ai pus de trente vergies

            De terre en herbage où s’effarfâilli.

 

            Et quand ça arrive qu’o s’ennuent un miot

            N’y a qu’à yeux dire : « no va soigni l’p’ti viau »

            Ça yeu fait pliaisi d’prendre l’fein à brassie

            Et pis d’veie après, p’tit genisson rungi

           

            Et si ça nous pique d’aller jusqu’au p’tit bouais

            Ça finira bi par nous prendre l’erlévée

            O s’écalent à rire de veie l’tchen galoper,

            Defoui les mulots ou sauter dans l’russé

 

            J’ai trouès p’tits quenâles qui n’sont pas bi vieux

            Et vous savez bi, les quenâles c’est tchurieux

            Veyous, ça tumbe bi, j’ai pus de trente vergies

            De terre en herbage où y bi d’tché trachi.

 

            Un gîte de lièvre, eune coulée d’biairé

            Tout les intéresse, tout les fait galoper

            Les fieurs de clliaquet que no fait eclliater

            Pourqui qu’ça fait tant d’brit un si p’tit criquet ? »

 

            Et si j’happe la djernouille qui saute dans la rosée

            Ou un hérisson, comme une pelote dé pitchés

            J’les veis bi les petiots rester la goule sous l’nez

            Leus  uus brilli pus que si j’yeux montrais eune fée

           

            J’ai trouès p’tits quenâles, qui sont  bi quérus

            Et vous savez bi, les quenâles c’est goulu

            Veyous ça tumbe bi, dans man grand côtil

            De pus sept vergies, y a bi d’tché môgi.

 

            Sus l’hât des tas d’ronces c’est ravoui d’mourets

            Bons en confitures, mais extra à goulée.

            Y a des chupées d’coudre, dans l’hât du costil

            Au début d’l’arrière, o ballent sous les nouis

 

            Et à la Saint Jean, y a des p’tites cerises nouères

            L’jus pure sous l’maton, yeux donne la goule nouère

            Pour ceux qui n’ont pas poue d’attraper des pouis,

            Y a même sous sous la biète, des génottes à foui

 

            Et quand ol ont galopé comme ça toute l’erlévée

            Mes trois jolis quenâles, o sont minchis lassés

            Mais avant d’rentrer à la maison pour souper

            No z’aime bi tous les quatre un brin s’abinotter

 

            Et là à pllia tchu dans l’herbe du grand côtil

            No s’laisse égaluer pa l’solé qui rougit

            Là dans l’pid du fossé, tous les quatre annichis

            No s’laisse égaluer par nos trente vergies.

 

 

Trente vergies.

 

     Traduction  :

                            Trente vergies : Une vergie est l'unité traditionnelle de mesure de surface (5 vernies= 1 hectare)

 

    J'ai trois petits enfants qui ne sont pas bien grands

   Et vous savez bien, les enfants c'est remuant.

   Voyez vous ça tombe bien

   J'ai plus de six hectares de terre en herbage ou gambader

 

Et s'il arrive qu'ils s'ennuient un peu

Je n'ai qu'a leur dire : On va nourrir le petit veau.

ça leur fait plaisir de prendre le foin à brassée 

Et de regarder après le petit veau ruminer.

 

Et si nous vient l'idée d'aller jusqu'au petit bois

ça finira bien par nous prendre l'après midi

Il éclatent de rire à voir le chien courir

Sauter dans le ruisseau ou déterrer des mulots.

 

J'ai trois petits enfants qui ne sont pas bien vieux

Et vous savez bien, les enfants c'est curieux

Voyez vous ça tombe bien, j'ai plus de six hectares de terre en herbage 

Où il y a tant de chose à chercher

 

Un gîte de lièvre, un passage de blaireau

Tout les intéresse, tout les fait courir

Les fleurs de digitales qu'on fait éclater

"Et pourquoi ça fait tant de bruit, un si petit criquet.

 

 Et si je leur attrape la grenouille qui saute dans la rosée

Ou le hérisson comme une pelote d'aiguilles

Je les vois bien rester bouche bée

Leur yeux plus brillants que s'il voyaient une fée

 

J'ai trois petits enfants qui sont vigoureux

Et vous le savez bien, les enfant c'est gourmand

Voyez vous ça tombe bien, dans mon grand coteau 

De plus de sept vergies, il y a plein de choses à manger.

 

Sur le haut des ronciers, c'est rempli de mûres

Bonnes en confitures, mais extra à manger

Dans le haut du côteau il y a des noisetiers

Qui l'Automne venu croulent sous les noisettes.

 

Et à la Saint Jean, il y des petites cerises noires

Le jus leur coule sous le menton, et leur fait la langue noire.

Et pour ceux qui n'ont pas peur d'attraper des poux

il y a même sous la terre, des "génottes" à déterrer.

 

Et quand ils ont couru comme ça tout l'après midi

 Mes trois jolis enfants, ils sont exténués

 Et avant de rentrée à la maison pour dîner

On aime bien tous les quatre s'entasser

 

Et assis les fesses dans l'herbe en haut du grand côteau

On se laisse éblouir par le Soleil qui rougit

Là au pied du talus les serrés uns contre les autres

On se laisse éblouir par nos "trente vergies"

 

 

Rédigé par Philippe LEBOUCHER

Publié dans #Bocage, #Art, #Tentative d'épuisement d'un coin de bocage., #Parler normand

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