L'Echo des sept routes N°38 : Eloge du gel

Publié le 12 Janvier 2016

Janvier 2010

Janvier 2010

La pluie est revenue mais après la pluie et ses bienfaits, je me languis du froid. « Jamais content celui là ! » me direz vous. Certes, mais comme le dit l’adage, le mauvais temps, c’est le temps qui dure… Tous les paysans vous le confirmeront…

Indices habituellement annonciateurs d’une vague de gel, les vanneaux sont de retour et au cours de mes promenades champêtres j’ai croisé quelques bécasses. L’une d’elles avait même élu domicile dans le jardin. Ces signes précurseurs laissent espérer que le froid est à nos portes, prêt à déferler sur nos campagnes…

Alors j’attends…

J’attends avec impatience…

J’attends qu’un matin, au sortir d’une nuit claire et cristalline, la campagne scintille aux premiers rayons du soleil d’hiver. Que chaque brin d’herbe enrobé d’un écrin de givre crisse sous les pas. Chaque branche d’arbuste, chargée de cristaux constitue une éphémère œuvre d’art. Les naseaux des chevaux exhalent des panaches de buée. A la clarté de l’air répond celle des sons qui se propagent avec une précision accrue, rendant perceptible le moindre craquement de brindille. L’abreuvoir est couvert d’une couche de glace qu’il faut briser. La vive lumière du soleil qui monte progressivement sur l’horizon compense la sensation de froid sec qui s’estompe après quelques minutes d’activité. Le sol durci rend la marche aisée et la clarté de l’air invite à la déambulation. Une fois les bêtes nourries, après avoir écouté la douce musique de leur mastication, j’entame une nouvelle escapade dans le bocage pour le plus grand bonheur d’Ourga, ma chienne labrador. La destination habituelle de cette pérégrination est notre petit bois dans la vallée de l’Airou, miraculeusement préservée. Le gel et la lumière d’hiver embellissent encore ce paysage idyllique. Pouvoir y rester quelques heures à simplement écouter l’écoulement de la rivière suffisent à trouver la sérénité. La végétation qui borde le cours d’eau s’est chargée de glace. Les petites sources qui s’écoulent le long des parois de l’ancienne carrières se sont figées en stalactites transparentes… Les endroits les plus familiers se parent d'une déroutante étrangeté.

L'Echo des sept routes N°38 : Eloge du gel

Hélas la description qui précède n’est que l’évocation de souvenirs qui remontent tous à plus de deux années. Les deux derniers hivers se sont écoulés sans la moindre journée de gel. Ces matins givrés me manquent, manque d’autant plus cruel qu’il est à craindre qu’il ne s’avère définitif.

Faudra-t-il renoncer à sentir la morsure du gel sur le visage ? Faudra-t-il renoncer à contempler le scintillement de la campagne givrée sous la pleine Lune ? Quand entendra-t-on de nouveau le craquement de la glace cédant sous le pied au passage d’une flaque d’eau ? Quand verra-t-on de nouveau les enfants s’émerveiller devant les chandelles translucides sur la petite paroi rocheuse en bordure du Bois du Pont Restoux ?

Personne ne peut encore répondre à ces questions. Le pire n’est jamais sûr. Mais une sourde angoisse m’étreint quand me vient l’idée que ces instants précieux ne sont peut être déjà plus que des souvenirs… Cela constituerait, à mes yeux une perte irrémédiable, un manque irréparable.

Ces lignes constituent donc une sorte d’incantation pour que quelques frimas daignent revenir avant la fin de l’hiver afin que nous puissions à nouveau goûter les joies du gel.

Dans le cas contraire, il ne nous resterait plus qu’à déclamer avec le poète : Mais où sont les neiges d'antan ?

Janvier 2010

Janvier 2010

Rédigé par Philippe LEBOUCHER

Publié dans #Vie rurale, #Environnement, #Bocage

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