L'Echo des sept routes N°30 : Loritel oeuvre de Land Art, part 2.

Publié le 25 Juillet 2015

Pour clore notre série sur les rapports de crétins ruraux avec l’art, nous reviendrons une dernière fois sur le land art. J’évoquais dans le dernier numéro les œuvres que les ruraux ont durablement imprimé dans le paysage qui les entourait. Mais ils sont aussi capables de produire des œuvres éphémères au gré des saisons. Par exemple, en, ce moment c’est l’été, et l’été c’est le moment de faire du foin. Et la fenaison, comme la moisson, offre de remarquables opportunités pour composer d’imposantes œuvres de land art rural. Ces compositions sont d’autant plus faciles à réaliser que depuis quelques années les ruraux disposent d’outils remarquables pour produire leurs œuvres. Fini le marteau et le burin, oubliés la pelle et la pioche : le pinceau et la brosse du crétin rural ont pris de considérables dimensions qui ne manqueront pas d’impressionner le monde artistique !

Outils de création de Land art rural. (Egalement utile pour bloquer les voies de circulation à des fins revendicatives)

Outils de création de Land art rural. (Egalement utile pour bloquer les voies de circulation à des fins revendicatives)

La technologie moderne a donc doté les crétins ruraux de moyens considérables afin de produire de monumentales compositions, non plus sur des siècles comme autrefois mais bien en quelques heures, voire quelques minutes ! Peut être cela vous paraitra-t-il quelque peu puéril, mais je ne me lasse pas de m’émerveiller devant ce spectacle imposant.

Les travaux d’été, que ce soit la fenaison ou la moisson suscitent chaque année chez moi une foule d’émotions liées certes à de nombreux souvenirs d’enfance, mais aussi à un phénomène viscéral. Car, bien que cette activité ait pris au cours des siècles un aspect presque futuriste, n’oublions pas que le principe de base reste le même depuis le néolithique. Il s’agit simplement de couper de l'herbe pour la faire sécher au soleil afin de la conserver tout l’hiver pour nourrir le bétail. Une belle récolte de foin est donc pour l’éleveur une promesse de tranquillité pour l’hiver. Pendant neuf millénaires, ces sentiments se sont donc imprimés au plus profond de nos êtres jusqu'à quasiment faire partie de nos gènes ! Et c’est ainsi que l’odeur du foin séché déclenche chez moi une euphorie quasi incontrôlable. Tous les ruraux qui se respectent se reconnaitront dans ces lignes. Et bien évidemment je ne peux m'empêcher de trouver des qualités esthétiques à cette activité…

C'est cette esthétique méconnue que la rédaction de l'Echo des sept routes va tenter de vous faire partager en vous livrant en exclusivité le « making of » de cette monumentale réalisation :

Le processus est relativement simple. Il suffit de laisser pousser au printemps quelques hectares de prairie naturelle, puis de les faucher quand la végétation composée essentiellement de graminées, est arrivée à maturité. Une fois le fauchage effectué, il ne reste plus qu’à faire sécher cette végétation grâce à la seule action ders rayons du soleil. Ce n’est pas là la phase la moins délicate de la réalisation. Elle nécessite en effet la collaboration active su soleil pendant au moins trois jours, ce qui sous nos latitudes relève parfois de l'exploit. Certaines années, obtenir trois jours de soleil consécutifs est quasiment  impossible et cette situation a pu entrainer des états d'exaspération tels que nombre d'historiens y voient l'explication probable d'une grande partie des sacrifices humains perpétrés sous nos climats il y a de cela quelques millénaires. Toute personne confrontée à la fabrication du foin durant une année pluvieuse ne pourra que confirmer cette théorie. Pour d’activer cette dessiccation il faut faner une à deux fois le foin avant de le rassembler en andains, ce qui permettra de mettre en oeuvre la dernière phase de l'opération, le bottelage.

 

            

L'Echo des sept routes N°30 : Loritel oeuvre de Land Art, part 2.
Atelier mobile de Land art en activité dans la parcelle du Clos Féron. 01 Juillet 2015
Atelier mobile de Land art en activité dans la parcelle du Clos Féron. 01 Juillet 2015

Atelier mobile de Land art en activité dans la parcelle du Clos Féron. 01 Juillet 2015

Les derniers perfectionnements de l'outillage agricole permettent d'obtenir des éléments qui constitueront, les "pièces élémentaires" de l'oeuvre.

L'Echo des sept routes N°30 : Loritel oeuvre de Land Art, part 2.
L'Echo des sept routes N°30 : Loritel oeuvre de Land Art, part 2.
L'Echo des sept routes N°30 : Loritel oeuvre de Land Art, part 2.

Une fois ces éléments unitaires réalisés, ils sont disposés de manière aléatoire sur la surface sus-mentionnée ce qui nous offre nous offre un tableau au graphisme épuré mais efficace !

L'Echo des sept routes N°30 : Loritel oeuvre de Land Art, part 2.
Parcelle dite "La pièce de sept" Loritel 1er Juillet 2015

Parcelle dite "La pièce de sept" Loritel 1er Juillet 2015

L'Echo des sept routes N°30 : Loritel oeuvre de Land Art, part 2.

Et voilà, réalisée en quelques heures une magnifique oeuvre de Land Art qui s'étend sur plus de trois hectares, excusez du peu !

L'Echo des sept routes N°30 : Loritel oeuvre de Land Art, part 2.
Land art à Loritel (Détail) Photo : Charlotte Leboucher (01/07/2015)

Land art à Loritel (Détail) Photo : Charlotte Leboucher (01/07/2015)

Mais tout le monde n'est pas sensible à l'art loin s'en faut. Quand j'ai tenté d'expliquer à mes deux ânesses qu'elles auraient l'honneur de se nourrir tout l'hiver prochain avec une authentique oeuvre de Land Art, je n'ai obtenu aucune réaction notable. J'ai même cru percevoir de la part de Saga, la plus jeune, une sorte de soupir d'exaspération ! Quelle ingratitude. C'est à vous dégoûter de faire de l'art !

Rédigé par Philippe LEBOUCHER

Publié dans #Vie rurale, #Art

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