Des nouvelles des rennes de l'Île Saint Matthieu...

Publié le 24 Novembre 2016

Des nouvelles des rennes de l'Île Saint Matthieu...

A l'occasion de la tenue à Marrakech de la COP 22 sur le climat, la rédaction de l'ED7R revient sur une actualité d'Aout dernier, passée inaperçue pour cause de Mascarade Olympique.

En aout dernier, dans la région autonome de Yamal au nord de la Sibérie, la fonte du permafrost a libéré le bacille de l'anthrax de la gangue de glace où il sommeillait. La bactérie, responsable de la maladie du charbon a d'abord tué plusieurs milliers de rennes, source essentielle de subsistance pour les Nenets, peuple autochtone qui vit dans ces immensités glacées.  Ce courageux petit peuple joue de malchance puisqu'il doit également faire face au développement effréné des activités pétrolères et gazières des grandes compagnies russes qui confisquent et saccagent sans vergogne la toundra où ils vivent en paix depuis des millénaires.

   Plus inquiétant encore, suite à la consommation de renne, la maladie a frappé au moins vingt personnes dont un enfant de douze ans qui a malheureusement succombé à la terrible infection. Ignorant les mises en gardes des spécialistes qui avaient justement anticipé le retour de l'anthrax comme conséquence possible du dégel du permafrost, les autorités russes avaient suspendu les campagnes de vaccination depuis 2007 !

Un terrible résumé de ce qui attend l'humanité...

     Comme nous l'avons déjà souligné, nous sommes arrivés au temps des conséquences... Comme on pouvait s'y attendre, ce sont les plus humbles que frappent en premier les terribles et impitoyables conséquences...

Qui de plus humble qu'une famille d'éleveurs Nenets ? Entourés de leurs quelques rennes, leur petite tente conique dressée au milieu de la Toundra, ils sont l'exemple vivant de la ténacité, de l'opiniâtreté...Vivant en auto-suffisance, ils affrontent avec le sourire des températures de moins quarante degrés, et se jouent du "Bourane", le terrifiant blizzard Sibérien. Ils respectent la nature dans laquelle ils vivent et ils entretiennent avec elle des rapports complexes au travers de leurs chamans...Qui de plus humble que ce peuple face à la frénésie cupide de Gazprom et autres géants du gaz...Par une macabre ironie du sort, ils sont les premières victimes des activités des brutes sans scrupules qui confisquent leurs territoire et détruisent les pâturages de leurs rennes ! Les énergies fossiles extraites de la terre de leurs ancêtres servent à aggraver le réchauffement climatique qui provoque une épidémie qui tue leurs enfants...

Des nouvelles des rennes de l'Île Saint Matthieu...

Les Nenets, victimes collatérales de la frénésie olympique..

Bien évidemment cette information est complètement passée inaperçue, puisque nous étions en pleine période de mascarade olympique, où les plus grands experts en pharmacologie s'affrontaient à Rio par le biais de soit disant athlètes gavés de substances plus illicites les unes que les autres...

   Que pèse la disparition d'un enfant Nenets, perdu au fond de la Sibérie face au drame que représente la disqualification d'une tenniswomen pour cause de maillot non conforme ?

Conséquence de cette hiérarchie de l'information, les autorités russes gèrent en toute liberté cette crise sanitaire. 

Pour freiner la propagation de cette épizootie, le gouverneur local propose d'abattre 100 000 rennes. Cette mesure aurait pour première conséquence d'annihiler définitivement le mode de vie traditionnel des Nenets qui verraient disparaitre leur culture. Deuxième conséquence, les terres libérées par leurs éleveurs seraient immédiatement disponibles à la prospection et aux forages pétroliers...Les Nenets étant le dernier obstacle à cette frénésie, cette épidémie tombe plutôt bien pour Gazprom et consorts. Comble du cynisme, ils promettent aux populations locales des emplois et des formations pour intégrer ces monstres pétroliers.

En clair, le gouvernement Russe a laissé survenir une catastrophe sanitaire qui va chasser les autochtones de leurs terres, ce qui va donner libre cours aux activités pétrolières dans la région et ne laisser aux habitants que le choix entre l'extinction pure et simple et la collaboration avec ces colons... Nous sommes en présence d'un scénario bien rôdé. Ces méthodes répugnantes ont été à de nombreuses reprises été utilisée avec succès contre nombre de peuples autochtones dans d'autres régions. Des grandes plaines d'Amérique du Nord au Bush Australien en passant par la Forêt Amazonienne les techniques visant à faire disparaitre les peuples premiers sont toujours les mêmes ...

    Nous sommes ici en présence d'un véritable écocide, doublé d'un génocide rampant...

Traders de Wall Street et Nenets de Yamal bientôt sur un pied d'égalité ?

      Que dire du silence qui entoure cet évènement primordial ? Le sentiment d'impuissance nous gagne, à l'heure où les climato-sceptiques sont arrivés à hisser au pouvoir une de leurs plus fervents supporters en la personne de M Trump et où certains candidats à la présidentielle française considèrent qu'il faut relativiser le rôle de l'homme dans le réchauffement climatique... Mais rassurez vous, quelle que soit la part réservée dans les médias à ce type d'informations, les conséquences du réchauffement climatique ne vont pas tarder à se faire sentir, ici comme là bas..  De plus en plus fréquentes, de plus en plus proches, de plus en plus violentes...Ignorer ce fait condamne nos sociétés post-modernes à être les victimes de leur propre aveuglement. Tôt ou tard, ce qui arrive aux malheureux Nenets, nous atteindra, nous aussi...Cela revêtira d'autres formes, d'autres modalités, mais ce qui est sûr, c'est que l'intensité des catastrophes qui vont nous accabler sera décuplée. Plus nous tarderons à prendre des mesures drastiques, plus le fléau que nous avons fabriqué frappera fort...

       Le moment venu il sera légitime de traduire en justice tous ceux qui ont encouragé les politiques energivores, les entreprises écocides. Et avant cela, la haute finance elle aussi devra faire face au temps des conséquences. Un portefeuille d'actions est une piètre protection face à un ouragan d'intensité 5, une épidémie d'anthrax ou une sécheresse exceptionnelle comme celle qui frappe la Californie depuis cinq ans. Les monstres financiers ne seront d'aucune utilité face aux bouleversements qui s'annoncent. Les traders de Wall Street et de la City devront abandonner l'arrogance mortifère qu'ils affichent encore ou essayer de se nourrir de leurs cartes de crédit dorées. Ils devront méditer l'histoire du Roi Midas qui, transformant en or tout ce qu'il touchait, faillit mourir de faim ! Les traders sont des rennes de l'Île Saint Matthieu comme les autres, qu'ils le veuillent ou non...Tôt ou tard les cataclysmes qu'ils ont contribué à provoquer les mettront sur un pied d'égalité avec les Nenets de la péninsule de Yamal. Pas sûr qu'ils soient les plus adaptés à la situation...

Conclusion provisoire en forme de leçon de catastrophisme éclairé :

A l'heure où l'on commence à constater les premiers décès dus au réchauffement climatique, on omet généralement de préciser que l’être humain lui même figure peut être dans la liste des futures victimes de la désormais fameuse sixième grande extinction des espèces.

Nous sommes tous des rennes de l'Île Saint Matthieu....

Rédigé par Philippe LEBOUCHER

Publié dans #Environnement, #Rennes de l'Île Saint Matthieu

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marie guillaume 28/11/2016 19:25

bravo philippe pour cet article,je ne m 'étonne pas de l'incurie et du cynisme des autoritées ...

Philippe LEBOUCHER 28/11/2016 22:33

Merci Guillaume !